Nous ne pouvons pas résoudre la crise écologique seulement en tant que citoyens

De manière générale nous pouvons séparer les solutions à la crise environnementale en deux catégories : des solutions individuelles et des solutions politiques. Ces deux types de solutions présentent certaines limites, surtout si nous espérons de résoudre la crise en se concentrant uniquement sur une de ces catégories d’approches. Dans un article précédent j’ai expliqué pourquoi nous n’allons jamais résoudre la crise environnementale uniquement en tant que consommateurs et pourquoi nous devons absolument agir en tant que citoyens. Dans cet article je vais essayer de faire l’argument inverse en expliquant pourquoi nous ne seront pas capables d’adopter des solutions politiques efficaces si nous ne changeons pas notre mode de vie  en utilisant notre pouvoir de consommateurs.

Une société de SURconsommation

La production industrielle est à la source de la grande majorité des problèmes environnementaux. Cette production n’existe pas dans un vide, elle est soutenue par la demande de la population mondiale. La révolution industrielle a généré une explosion de la population, mais le problème ce n’est pas seulement qu’il y a trop de gens, mais également le fait que ces gens consomment déjà beaucoup trop, et qu’ils aimeraient consommer beaucoup plus. Si tous les pays adoptent le mode de vie occidental nous auront sûrement besoin d’une dizaine de Terres pour répondre à la demande.

Cette société de consommation n’existe pas en dehors des personnes comme vous et moi qui en font partie. Si nous souhaitons voir une diminution de la production, il faut que nous soyons prêts à abandonner un certain niveau de luxe, de plaisir ou de valeurs. Ça ne veut pas dire que j’ai envie de renoncer au progrès technologique, et je pense que très peu de gens aimeraient retourner à la civilisation avant la révolution industrielle ou avant la l’invention de l’agriculture… Nous devons apprendre à distinguer nos besoin et nos désirs, et c’est précisément ce que les compagnies de marketing essaient de nous empêcher de faire…

Un changement de valeurs

Pourquoi avoir un smartphone ou un ordinateur si nous savons que leur production créé beaucoup de pollution et les matières premières utilisées ne sont pas extraites d’une manière éthique? Je dirais que dans une société moderne nous avons absolument besoin d’avoir accès à internet pour communiquer et pour nous informer. Par contre, est-ce que nous avons vraiment besoin d’avoir le dernier modèle ? Le smartphone le plus chic et l’ordinateur le plus rapide? Est-ce qu’on doit se procurer tous les nouveaux gadgets juste parce que nous avons les moyens de nous le permettre? Nous pouvons nous poser les même questions dans beaucoup de contextes. Nous avons besoin de vêtements, mais est-ce que nous avons besoin d’avoir des vêtements de mode? Est-ce que nous avons besoin de changer nos vêtements avant qu’ils soient cassés? Nous avons besoin de nous déplacer, mais est-ce que nous avons vraiment besoin d’une voiture, ou est-ce que nous pouvons utiliser les transports publics et rouler à vélo ?

Le consumérisme n’est pas seulement le fait de consommer trop, c’est aussi et je dirais même surtout, le fait de nous identifier aux produits que nous consommons. Nous n’achetons pas par besoin ou par utilité, mais nous achetons pour créer notre image, pour exister. Les publicités n’ont pas seulement influencé nos préférences, elles ont influencé nos valeurs. Est-ce qu’on peut vraiment imaginer qu‘une société enivrée par la consommation votera pour des lois qui perturberont le système auquel elle est accro? Moi j’ai du mal à l’imaginer. Quand je regarde nos sociétés, je n’ai pas l’impression que la majorité des gens soient prêts à renoncer aux valeurs de la société de consommation…

Besoin ou gourmandise?

Jetons un regard critique sur notre nourriture. Dans l’article précédent j’ai expliqué que même si nous arrêtons de consommer de l’huile de palme, les forêts vont quand même être exploitées dans un but différent. Tant que nous n’avons pas des réglementations efficaces qui protègent ces écosystèmes les industries trouveront toujours une manière d’en faire de l’argent. Mais ce qui est aussi vrai c’est que nos choix de consommateurs jouent un rôle extrêmement important. Le problème est plus large que l’huile de palme. Est-ce que nous mangeons pour nous faire plaisir, ou bien est-ce que nous mangeons pour répondre aux besoins nutritionnels de notre corps? Car du moment où nous souhaitons consommer des produits trop raffinés qui demandent beaucoup d’énergie le problème ne va pas disparaître. Boycotter l’huile de palme est un bon pas, mais ce qui seraient mieux c’est boycotter toutes les huiles végétales. Il ne faut pas croire qu’en échangeant l’huile de palme avec l’huile de tournesol nous avons fait un choix super écologique, l’huile de tournesol demande beaucoup plus terre que l’huile de palme. En fait, l’huile de palme est la plus efficace en termes de superficie. Évidement, il ne faut pas oublier qu’elle est produite dans les régions les plus bio-diverses du monde et sur les sols les plus fertiles. Mais nos régions pourraient aussi abriter beaucoup plus de biodiversité si nous remplacions les champs de tournesol et de maïs avec des forêts. Les friteries, les gâteaux, les sucreries ne sont pas du tout essentielles pour notre survie, au contraire. Si nous commençons à voir ces produits comme des produits de luxe et si l’État fait en sorte que le prix que nous payons reflète leur poids écologique nous allons devoir diminuer drastiquement notre consommation. Aujourd’hui ceci serait impensable, un tel changement demande d’abord un changement des mentalités et des habitudes d’une grande proportion de la population. La plupart d’entre nous auraient du mal à imaginer qu’ils devraient se passer de ces aliments raffinées qui nous apportent tant de plaisir.

La consommation de produits animaux est un autre exemple qui va dans le même sens. Si on se rend compte que la consommation de viande est mauvaise pour l’environnement à cause des émissions de CO2, de la déforestation, de la surpêche etc, c’est logique d’espérer de voir un monde qui en consomme beaucoup moins. Et nous pouvons imaginer plein de solutions politiques qui pourraient drastiquement diminuer notre consommation de viande, mais dans un système démocratique, ces solutions doivent avoir le soutien d’une grande partie de la population qui est déjà prête à réduire sa consommation. Que ce soit la viande, les voitures, les sucreries, la technologie, les vêtements etc., les gens ne vont pas être contents d’avoir des restrictions imposées par l’État. Ils percevront ces réglementation ou ces taxations comme des entraves à leur liberté. Ceci est une question de perception.

Les réglementations environnementales et la liberté

Il faut que les gens se rendent compte que le plus souvent ces réglementations environnementales ne sont pas vraiment des restrictions à la liberté, mais au contraire, un renforcement de notre liberté. On ne peut pas parler de liberté pour nous, ou pour nos enfants dans un monde de famine, de guerre et d’instabilité climatique. On ne peut pas être libre dans un monde où nous ne savons plus respirer, où les températures sont extrêmes, où les océans sont morts et où les forêts sont converties en déserts. La liberté n’existe pas dans un écosystème détruit.

Pour qu’on arrive à créer un avenir durable nous avons besoin de lois intelligentes et efficaces, nous devons repenser notre système économique et nous devons repenser notre système de valeurs. Nous devons aboutir à un monde où nous consommons le moins possible et pour y arriver nous devons d’abord transformer nos propres valeurs et nos propres habitudes. Les solutions politiques et les solutions individuelles sont intimement liées. On ne peut pas croire qu’on va résoudre la crise écologique juste en se concentrant sur notre propre mode de vie et en ignorant le système législatif et le pouvoir de nos institutions démocratiques. Mais de l’autre coté, on ne peut pas croire que nous allons imposer un changement à une société qui n’est pas prête à changer, et l’exemple personnel est un moyen de communication très puissant. Nous avons donc besoin d’agir en tant que citoyens et en tant que consommateurs en même temps.

Je vous remercie d’avoir lu l’article jusque la fin, je suis certain que très peu de gens le feront. Si vous trouvez que ces idées sont importantes, n’hésitez pas à partager cette publication sur Facebook et Twitter.

Aleks Evtimov

Blogueur. Créateur de www.veganews.eu

Write a Comment

Your email address will not be published. Required fields are marked *