Les crises migratoires et la dégradation de l’environnement

La migration a été l’une des questions les plus débattues dans la politique européenne et américaine au cours des trois dernières années. Pourtant, les reportages des médias et les discours des campagnes électorales ont ignoré certains des principaux moteurs de la migration. Le changement climatique et la dégradation de l’environnement en général, restent des sujets méconnus et leur impact sur la migration est rarement mentionné. La crise écologique n’est pas un scénario catastrophique qui provoquerait, peut-être, une migration de masse dans un avenir lointain. Elle a déjà poussé des millions de personnes à quitter leurs foyers et cette tendance risque de s’aggraver d’une manière exponentielle dans les années et les décennies à venir.

Un facteur sous-jacent

Nous entendons souvent beaucoup parler d’une certaine crise humanitaire ou d’un certain conflit violent, mais nous sommes rarement conscients qu’une crise écologique a joué un rôle important dans son origine. L’un des exemples récents les plus notoires est l’insurrection de Boko Haram au Nigeria, qui a déplacé plus de 3 millions de personnes. Un fait peu connu est qu’en raison des sécheresses persistantes, des pratiques agricoles non-durables et d’une augmentation de la population locale, le lac Tchad, source vitale d’eau et de nutrition pour la région, a diminué de 90% depuis 1963. La pauvreté et la famine engendrées par cette catastrophe écologique ont été un facteur majeur dans l’émergence de la violence.

Un autre exemple est la guerre civile en Syrie, qui a été alimentée par une grave sécheresse qui a duré trois ans, la pire jamais enregistrée. L’eau est devenue rare, les récoltes ont échoué année après année et environ 1,5 million de personnes ont été expulsées des zones rurales vers les villes. Des chercheurs, y compris ceux de l’American Meteorological Society, attribuent la fréquence et l’intensité anormales des sécheresses dans l’Est de la Méditerranée au le changement climatique.

L’Amérique du Sud n’est pas épargnée par les effets du réchauffement climatique. La fonte des glaciers andins diminue la quantité d’eau douce disponible pour les habitants de la région montagneuse de la Bolivie, l’Altiplano. Les tensions entre les habitants de la région et l’industrie minière et agro-alimentaire, qui se battent pour cette ressource vitale, sont fréquents. La crise provoque des vagues de migration vers le bassin amazonien, où les gens se tournent vers l’exploitation minière illégale et la production de coca, deux activités extrêmement nuisibles à la santé de l’écosystème.

Il existe de nombreux autres exemples de déplacements massifs de population provoqués par des crises écologiques, allant des vagues de chaleur atroces dans le sud du Pakistan et les déserts en expansion rapide dans le nord de la Chine, aux inondations, sécheresses et incendies de forêt dévastateurs qui ravagent l’Amérique centrale.

Bien sûr, le changement climatique et la déforestation ne nous donneront pas toute l’histoire, mais si nous nous concentrons uniquement sur les aspects politiques et socio-économiques de ces migrations, nous ne pourrons pas les résoudre et nous ne réussirons certainement pas à prévenir de futures crises. Si nous continuons à ignorer l’une des sources principales de ces conflits, nous ne verrons que de plus en plus de migrations et de violence à travers le monde.

Le pire est encore à venir

Les crises migratoires actuelles ne sont qu’un pâle aperçu de ce que nous allons assister durant les prochaines décennies. Quand les humains n’ont pas accès à de la nourriture ou à de l’eau, ils bougent – c’est ce que nous avons fait depuis l’aube de notre espèce. La crise migratoire a plongé l’Union européenne dans une crise politique profonde qui ne cesse de remodeler le paysage politique.

Cette crise reste une question très polarisante, mais à peu près tout le monde est d’accord sur un point: nous ne la gérons pas correctement. Si deux millions de réfugiés ont provoqué autant de troubles politiques, comment l’Europe va-t-elle gérer le nombre de réfugiés climatiques qui seront chassés du Sahel au cours des prochaines décennies en raison du changement climatique? Le conseiller spécial des Nations Unies pour le Sahel, Ibrahim Thiaw, a décrit la région comme «sans doute l’une des plus vulnérables au changement climatique [avec] le plus grand nombre de personnes touchées de manière disproportionnée par le réchauffement planétaire». Environ 300 millions de personnes vivent dans l’une des régions dégradées dans le monde. L’ONU prévoit une augmentation de la température 1,5 fois supérieure à la moyenne mondiale.

La planète va continuer à se réchauffer, les phénomènes météorologiques extrêmes vont devenir de plus en plus violents et fréquents, le niveau de la mer va continuer à monter. Même si nous pouvions, comme par magie, arrêter toutes nos émissions, mettre un terme à la déforestation et à la pollution, demain, les conséquences des dommages que nous avons causés jusqu’à présent se manifesteront pendant de nombreuses années. Cela ne devrait pas nous décourager d’agir, au contraire, ceci ne fait que souligner notre responsabilité de prendre des mesures aussi rapidement et efficacement que possible. Nous devons être prêts à faire face à ce qui nous attend dans un avenir proche, mais nous devons faire de notre mieux pour limiter les dégâts supplémentaires.

Le danger du déni

Nier la réalité scientifique du changement climatique ne fait qu’exacerber la crise. Il est paradoxal que les politiciens et les journalistes, qui semblent être très préoccupés par la migration, souvent nient carrément l’existence d’un de ses principaux moteurs et s’opposent fermement aux mesures visant à atténuer ses effets. Nous devrions débattre sur les solutions au réchauffement de la planète, mais nous devons nous mettre d’accord sur les faits scientifiques objectifs. De nombreux politiciens de gauche sont félicités pour avoir simplement reconnu la réalité et la gravité de la crise climatique, mais leur manque d’action efficace témoigne d’un autre type de déni. Les seules personnes qui sont capables de pousser les politiciens en dehors de leur zone de confort sont celles qui votent pour eux.

Les changements climatiques ne sont pas ressentis de la même manière dans le monde entier, certaines régions sont plus sévèrement touchées que d’autres. Les pays industrialisés riches vivant dans des climats tempérés sont beaucoup mieux placés pour s’adapter aux changements. Pourquoi devrions-nous assumer la responsabilité de mener l’action contre le changement climatique?

La raison la plus évidente est notre propre intérêt. Si nous ne prenons pas des mesures efficaces et urgentes, nous vivrons dans un monde de plus en plus instable et violent. La richesse de toutes les nations dépend de la paix, du commerce et de la coopération; un climat qui se réchauffe rapidement n’est pas un endroit où ceux-ci ne peuvent prospérer. L’instabilité climatique et la dégradation de l’environnement conduisent à la pauvreté et à la famine. Notre incapacité de faire face aux crises écologiques créera inévitablement un monde dominé par des migrations de masse sans précédent, des conflits locaux violents liés à la raréfaction des ressources et, finalement à la guerre. En outre, tous les êtres humains partagent un écosystème mondial. Les murs les plus hauts et les armées les plus fortes ne peuvent pas arrêter la circulation atmosphérique ou le cycle de l’eau.

Coopération globale

Il est clair que nous voulons mitiger les effets du changement climatique, préserver les forêts restantes et enrayer la pollution et le pillage des océans. Et pour que cela se produise, nous devons dire aux pays en développement qu’ils ne doivent pas poursuivre le développement industriel téméraire qui nous a rendus riches et puissants. Nous avons défriché nos forêts primaires et brûlé tout le charbon et le pétrole que nous avons réussi à obtenir. Mais si nous voulons sauver notre avenir, nous devons convaincre d’autres pays comme la Chine, le Brésil, l’Inde, le Nigeria, le Congo qu’ils ne devraient pas suivre notre exemple… Qu’ils feraient mieux de préserver leurs forêts et opter pour des sources d’énergie plus propres et plus coûteuses.

Nous devrions réaliser que nous bénéficions directement de la santé des forêts pluviales et de la stabilité du climat. Nous devons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour collaborer avec les gouvernements locaux et créer des incitations économiques fortes leur permettant de préserver et de régénérer leurs forêts, de choisir un développement durable plutôt qu’une croissance économique plus rapide et de mettre en œuvre des réglementations environnementales fortes et innovantes.

Quelles que soient nos actions, dans les années et les décennies à venir, nous entendrons de plus en plus parler de «réfugiés du climat» et de «migrants écologiques». Mais nos actions d’aujourd’hui vont déterminer l’ampleur et la durée de ces crises.

C’est une traduction de mon article publié sur HSToday.

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Aleks Evtimov

Je suis le créateur et le gestionnaire des communautés 'Plus d'Arbres Moins de Connards', 'Je ne suis plus un mouton', 'L'univers est en nous' et 'More Trees Less Assholes'. Depuis cinq ans nous utilisons les réseaux sociaux ensemble dans le but de donner une voix à ceux qui n'en ont pas. Je créé du contenu sur la déforestation, le changement climatique, le bien être des animaux et la pollution et grâce à vos interactions ces informations atteignent des millions de personnes chaque année. J'aime bien toucher à d'autres problèmes modernes, tels que l'intelligence artificielle et son impact sur l'économie et les réseaux sociaux et leur impact sur notre société et nos systèmes politiques.

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