Les barrages relâchent plus de méthane dans l’atmosphère que ce que nous pensions

Les barrages ont toujours été considérés comme une alternative écologique qui nous permet de réduire notre dépendance aux combustibles fossiles. C’est vrai que les barrages sont une source d’énergie renouvelable, mais cela ne signifie pas qu’ils n’ont pas d’impact sur le changement climatique. Et comme c’est souvent le cas dans le cadre des recherches sur le changement climatique, leur impact a été sous-estimé par des évaluations antérieures. Des nouvelles études ont révélé qu’ils génèrent plus d’émissions de méthane que prévu.

“Nous estimons que les barrages émettent environ 25% plus de méthane par unité de surface que ce qui avait été estimé auparavant”, a déclaré Bridget Deemer, de la School of Environment de la Washington State University à Vancouver, auteur principal de l’étude.

N’oublions pas que le méthane est un gaz à effet de serre puissant qui affecte le climat très rapidement. Notre production croissante de méthane contribue grandement au changement climatique que nous subissons actuellement.

“L’évaluation la plus récente du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat indique que le méthane a un impact sur le réchauffement 72 fois plus élevé que le dioxyde de carbone mesuré sur 20 ans et 25 fois plus élevé sur 100 ans. En utilisant ces estimations du «potentiel de réchauffement planétaire» (PRP) du GIEC, les émissions de méthane d’un an,  ont un impact sur le réchauffement climatique sur 100 ans équivalent à 2,6 milliards de tonnes de dioxyde de carbone. (En vertu du Protocole de Kyoto, les pays estiment leur impact total sur le réchauffement en utilisant les PRP sur 100 ans). Sur 20 ans, l’impact des émissions annuelles de méthane des grands barrages sur le réchauffement équivaut à 7,5 milliards de tonnes de dioxyde de carbone »- Source: internationalrivers.org

Mais comment un barrage peut-il produire des gaz à effet de serre s’il n’y a ni de vaches qui pètent ni de la matière organique qui soit brûlée? Du matériel organique comme les arbres et l’herbe est transporté par la rivière et déposé au fond du réservoir où les bactéries le décomposent et libèrent ainsi du méthane. Le gaz est transporté à la surface sous forme de bulles et libéré dans l’atmosphère.

Beaucoup de ces émissions à base de bulles n’ont pas été prises en compte dans les études et les évaluations précédentes. La nouvelle étude prend en compte l’analyse fournie par plus de 250 barrages et conclut que les barrages émettent plus de méthane que les lacs naturels et les zones humides.

Selon l’étude, l’altitude du barrage peut jouer un grand rôle sur la quantité de méthane qu’il produit. Les algues qui prolifèrent dans les barrages en aval peuvent recevoir plus de nutriments, tels que l’azote ou le phosphate, et donc peuvent produire plus de méthane. La recherche fournit des informations précieuses sur la construction future de barrages plus efficaces, qui généreraient moins de gaz à effet de serre. Mais construire plus de barrages en altitude n’est pas forcément une bonne solution non plus. Lorsque les barrages sont positionnés plus haut sur le cours d’une rivière, ils finissent par en affecter une plus grande partie. Il est également important de noter que les barrages qui sont construits dans les latitudes tropicales peuvent avoir beaucoup plus d’émissions. ” Les grands réservoirs hydroélectriques situés dans les tropiques peuvent avoir un impact plus important sur le réchauffement de la planète par kilowattheure généré que les combustibles fossiles, y compris le charbon. Philip Fearnside, de l’institut de recherche du gouvernement brésilien INPA, estime qu’en 1990, l’impact du réchauffement des barrages hydroélectriques en Amazonie était égal à celui de 3 à 54 centrales produisant la même quantité d’énergie. » Source: internationalrivers.org

L’Europe compte 23 000 barrages, dont plus de 2 000 sont de grandes structures hydroélectriques actives. Dans les Balkans, près de 2 700 nouveaux barrages sont prévus – principalement de petite et moyenne taille. Les organisations environnementales contestent l’idée que les petits barrages sont plus conviviaux que les grands. “Les conséquences environnementales sont les mêmes, quelle que soit leur taille, et les petits barrages ne produisent pas beaucoup d’électricité”, explique Cornelia Wieser, de l’organisation autrichienne Riverwatch. “Les 21 000 petits barrages représentent 91% du total, mais ils ne génèrent que 13% de toute l’énergie hydraulique.” – Source: technologist.eu

Les émissions de gaz à effet de serre générées par les barrages ne sont que l’un des nombreux impacts négatifs de l’entrave de l’écoulement des rivières sur l’environnement. Je ne veux pas dire que la technologie ne devrait pas avoir sa place dans l’avenir de notre production d’énergie, mais nous devrions être conscients de ses divers effets négatifs et peut-être reconsidérer son statut d’énergie verte.

Le Cœur bleu de l’Europe (The Blue Heart of Europe) est une campagne d’information lancée par la société Patagonia qui met l’accent sur le futur des dernières rivières sauvages de l’Europe, qui abritent des écosystèmes uniques et vitaux. Ils ont produit un film documentaire qui sensibilise aux différents impacts environnementaux des barrages et appelle également à l’action. Découvrez plus d’informations sur le film en suivant ce lien, vous pouvez signer la pétition ici.  Vous pouvez en savoir plus sur les différentes façons dont les barrages impactent l’environnement dans les articles suivants:

3000 barrages vont être construits dans les Balkans

Les barrages détruisent-ils les populations de saumon sauvage?

Comment les barrages sont en train de manger les côtes

L’Union Européenne considère les barrages comme une source d’énergie durable

Aleks Evtimov

Blogueur. Créateur de www.veganews.eu

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